C'est dans un vieux garage en planches de Kansas-City (transformé en atelier de dessinateur) que commence pour Walt Disney l'aventure prodigieuse qui allait le sacrer empereur du monde des enfants. Elle commence par une lutte de huit ans dans une hantise incessante: la faillite. La secrétaire des mauvais jours, à quinze dollars la semaine, s'appelle Lilian Bounds. Elle va devenir Mrs Disney.
"Pourquoi petite souris des champs, le dimanche matin mets tu tes chaussettes?"
"Pourquoi petite souris des champs, le dimanche matin mets-tu tes gants blancs?"
La chanson que sa vieille nourrice noire lui chantait quand il avait quatre ans pour l'amuser ou l'endormir trottait dans sa tête. Cette chanson avait fait sa fortune en lui rappelant un jour d'adversité, un jour où rien ne réussissait, l'idée d'une souris gantée de blanc, une souris avec des chaussures, avec un trou dans le pantalon pour laisser passer la queue, une idée-souris qui allait apporter à son maître la gloire universelle.
Elias disney, son père avait déjà essayé de vendre des meubles, de la confiture et des corsets, avant de vendre la ferme où il passa son enfance, cette ferme où il essayait de faire vivre sa femme et ses cinq enfants dont Walt était le cadet. La famille quitta Marceline Farm pour aller à Kansas tenir à la ville un dépôt de journaux. Il s'agissait d'aller porter à domicile le "Morning Times" et l'"Evening and Sunday Star". Les employés de l'entreprise étaient Walt et son frère Roy. Walt avait dix ans. Il se levait à trois heures et demie du matin pour attraper au vol les paquets de journaux que lui lançait le camion de l'imprimerie. Elias Disney n'entendait pas que ses fils jetassent les journaux n'importe où de l'autre côté des barrières des cottages, comme faisaient généralement les livreurs. Il exigeait qu'on les portât à l'entrée de la maison et, s'il le fallait, dans la maison même, après avoir sonné.
Il n'y avait pas de blizzard ni de tempête qui puisse arrêter la distribution. Walt et Roy devaient porter leurs journaux coûte que coûte. En six ans, le jeune Walt ne fut malade que trois semaines. Il ne reçut aucun salaire de son père. Il n'oublia ou ne gâta aucun journal. Toute infraction aux règles étaient punie de fouet.
Walter, je ne peux plus continuer à te faire crédit.
"Jeune homme, disait le père, après avoir décroché un "chat à neuf queues", vous avez besoin d'une bonne correction. Descendez à la cave. je vous suis...". A quatorze ans, dans cette cave, un jour de martinet, Walt, qui s'estimait puni à tort, saisit par le poignet la main levée de son père, et l'immobilisa. Elias Disney, le rude patriarche, compris que son fils était devenu plus fort que lui. Il pleura de dépit. Mais ils ne descendirent plus jamais à la cave.
Elias disney plaça ensuite son argent dans une fabrique de confitures. Walt s'engagea comme vendeur ambulant de limonade dans le train de Santa Fe. Puis il s'inscrivit à l'école des beaux-arts de Chicago où il étudia la caricature sous la direction de Leroy Gonet et de Larry Orr, fameux dessinateurs du "Record" et du "Chicago Tribune". Bien qu'il regarda beaucoup à la dépense, disait Walt Disney en parlant de son père, dès qu'il s'agissait de nos études, il donnait tout ce qu'il pouvait. Malgré son caractère emporté, c'était un bon père.
La Longue lutte que Walt Disney et son frère menèrent pour arriver à bâtir leur empire d'images dura huit ans. Il y eu pour commencer le service artistique du "Restaurant News", journal des restaurateurs; il y eut la "Kansas City Film Ltd Company", fabriquant des contes de fées en dessins animés, avec des apprentis non payés qui mettaient en images "le Chat botté" et "le Petit Chaperon rouge".
Le personnage le plus souvent présent dans ces contes, encore qu'il n'apparut jamais sur l'écran, était le spectre de la faillite. Walt Disney cherchait passionnément des idées pour le faire fuir.
Mais il revenait toujours. Il trouva une idée avec "Alice au pays du dessin animé". Il prit par la main une petite fille de six ans qui posait pour des photos de publicité, et la promena, sous le nom d'Alice, au milieu de décors d'animaux sortis de ses crayons et de ses pinceaux.
Il vendit aussi toute une série d'Alice, ce qui lui permit de déposer son bilan dans des conditions honorables. Une fois les crénciers payés, Walt Disney se retrouva seul dans son atelier, avec un fauteuil qui lui servit de lit.
Il prenait ses repas à crédit dans un restaurant grec qui se trouvait dans le même immeuble. Il était convenu qu'il pouvait manger un découvert de soixante dollars au maximum. Quand cette somme fut atteinte, Jerry, l'un des deux associés qui tenaient le restaurant franchit la porte de l'atelier: "Walter, dit-il, s'il ne tenait qu'à moi, je continuerais à te faire crédit, mais il y a louis mon associé...". - "Je comprends, dit Walt Disney, je ne vous en veux pas."
Deux jours plus tard, Jerry, inquiet de n'avoir pas revu son client, entra de nouveau. Il trouva Walt Disney assis sur une caisse, mangeant des haricots froids. Emu jusqu'aux larmes, le Grec s'écria: "Il arrivera ce qu'il arrivera, viens déjeuner au restaurant."
Le lendemain, la chance tourna. un homme frappa à la porte, qui venait vendre une caméra. Walt Disney n'avait pas d'argent, mais il pensa qu'avec une caméra, on pouvait en gagner. Il alla sonner à la porte d'un médecin dont la femme venait d'avoir un bébé. Il proposa de filmer la mère et l'enfant. Le médecin accepta. Alors Walt Disney alla de nouveau né en nouveau né, gagnant quelques dollars à la fois, jusqu'à ce qu'il ait pu acheter la caméra et payer les Grecs. Deux mois après, le reporter des berceaux et des premiers sourires avait atteint son but: le prix d'un voyage aller à Hollywood.
Il prit un billet de première. "C'était là sa philosophie, dit sa fille Diane. Une fois le billet payé, il ne lui restait que quarante dollars, mais il partait à la conquête d'Hollywood en première classe."
Et il arriva ce que chacun sait. Avec un panatalon élimé et un veston à carreaux qui ne valait pas mieux, Walt Disney conquit Hollywood et les écrans du monde entier.
Il vécut toute sa vie enfermé dans ce monde qu'il avait créé et rassemblé autour de lui: ses dessinateurs - dont beaucoup étaient là depuis toujours, depuis ses débuts - et les personnages sortis de ses doigts.
C'est là qu'il choisit sa femme, qui était sa secrétaire des temps héroïques, à quinze dollars par semaine. Pour quinze dollars, miss Lilian Bounds acceptait même de travailler tard le soir. Un de ces soirs, Walt Disney se pencha sur elle et l'embrassa.
Le mariage eut lieu dans l'état d'idaho et la nuit de noces fut un échec. Walt Disney fut pris d'une terrible rage de dents en mettant le pied dans le wagon lit et pour tromper la douleur, il aida l'employé noir à cirer toutes les chaussures des voyageurs.
sur cette photo on y voit : Walt Disney et Lil en compagnie de leurs filles sur une terrasse du Disneyland Hôtel.